(BFM Bourse) - Le bureau d’études TP ICAP Midcap propose deux stratégies face au risque France, soit l’éviter en privilégiant les valeurs étrangères, ou au contraire l’exploiter à travers une sélection de titres français susceptibles de bénéficier du contexte.
Depuis plusieurs mois, la France fait l’objet d’une vigilance accrue de la part des marchés. Si les tensions sur les taux se sont récemment atténuées dans le sillage des élections américaines, les inquiétudes liées à la situation politique et budgétaire française restent présentes.
Barclays identifie une double source d’incertitude : l’élaboration du projet de loi de finances pour 2027 et les élections présidentielle et législatives prévues la même année. Dans ce contexte, la France tend à s’éloigner du "cœur" de la zone euro, formé notamment par l’Allemagne et les Pays-Bas, pour se rapprocher, aux yeux des investisseurs obligataires, des pays dits "périphériques".
Pour TP ICAP Midcap, le risque français a changé de dimension. À la fragmentation de l’Assemblée nationale s’ajoutent une trajectoire budgétaire préoccupante, des tensions sociales et l’approche des élections de 2027. Le FMI et la Banque de France ne prévoient qu’une progression de 0,4 % du PIB en 2026, suivie d’une reprise encore modeste en 2027. Cette faiblesse de l’activité complique le redressement des finances publiques : le déficit devrait encore atteindre 5,4% du PIB en 2026, tandis que la dette dépasse désormais 119% du PIB.
Ces inquiétudes ont provoqué de fortes tensions sur la dette française. Fin octobre, le rendement de l’OAT à dix ans a target="_blank" href="//www.tradingsat.com/actualites/marches-financiers/la-defiance-est-historique-pour-la-premiere-fois-depuis-2002-le-taux-d-emprunt-a-10-ans-de-la-france-franchit-le-cap-symbolique-des-5-1171210.html">a franchi 5%, tandis que son écart avec le Bund allemand a atteint 177,7 points de base, au plus haut depuis 2011. Les taux se sont depuis détendus, notamment après les élections américaines, mais cette accalmie n’efface pas la prime de risque toujours attachée à la France.
Le maintien de la note française à "Aa3" par Moody’s pourrait n’offrir qu’un répit. Assortie d’une perspective négative, cette décision reposait en partie sur l’adoption d’un budget capable de réduire le déficit. Une hypothèse de plus en plus fragile au regard de l’impasse budgétaire actuelle.
Les bonnes publications éclipsées par le risque souverain
Signe de cette défiance, plusieurs entreprises ont récemment publié de bons résultats sans parvenir à convaincre les investisseurs, toujours préoccupés par le « risque France ». Société Générale et BNP Paribas se sont ainsi employées à minimiser leur exposition au marché français.
"Le risque pays pèse lourdement. Il est difficile pour les investisseurs mondiaux de revenir sur les actions françaises dans un contexte d’élargissement du spread (l’écart de rendement entre les dettes française et allemande à dix ans, NDLR) et de tensions sociales", expliquait un analyste lors de la publication des résultats de Société Générale.
Orange a connu une situation comparable. Malgré des résultats supérieurs aux attentes et des objectifs annuels relevés, l’opérateur n’a pas réussi à convaincre le marché.
"Le 'beat and raise' (battre les attentes et relever les perspectives, NDLR) d’Orange n’est pas considérable et le marché reste exigeant. Les investisseurs sont actuellement très préoccupés par le risque France. Il faudra probablement davantage que cette publication pour les inciter à revenir sur certains dossiers français, comme Orange', expliquait Stéphane Beyazian, analyste chez Oddo BHF, en réaction à la publication de l'opérateur télécoms.
Dans ce contexte, les investisseurs peuvent être tentés de se tourner vers des entreprises cotées hors de la Bourse Paris. TP ICAP Midcap a sélectionné plusieurs valeurs permettant, selon lui, de limiter l’exposition au risque français.
Des valeurs étrangères pour contourner le "risque France"
Alter Ego Media: miser sur le rattrapage du marché grec
TP ICAP Midcap cite Alter Ego Media, groupe grec de médias et de divertissement coté à la Bourse d’Athènes. L’entreprise bénéficie du potentiel de rattrapage du marché local et de positions solides dans la télévision et les médias numériques. Elle se diversifie également dans le spectacle vivant et le streaming.
Sa restructuration étant largement achevée, le groupe affiche une rentabilité en nette amélioration. Ses acquisitions récentes devraient devenir son principal moteur de croissance, aux côtés d’une meilleure monétisation des contenus, du développement du spectacle vivant et de nouveaux gains de marge.
Pharmanutra: une conviction intacte
TP ICAP Midcap met également en avant Pharmanutra, groupe pharmaceutique italien coté à Milan et spécialisé dans les compléments alimentaires, les dispositifs médicaux et les produits nutritionnels.
Le titre figure depuis plusieurs semestres parmi ses principales convictions hors de France. Le bureau d’études souligne sa croissance à deux chiffres, sa rentabilité élevée et son potentiel international. Déjà présent dans plusieurs pays grâce à des partenaires et des distributeurs, le groupe mise notamment sur les États-Unis et la Chine pour accélérer son développement.
Gentili Mosconi: un fournisseur stratégique du luxe
Toujours en Italie, TP ICAP Midcap retient Gentili Mosconi, un fournisseur des grandes maisons de luxe mondiales jugé peu exposé au risque français. Le groupe ne vend pas directement aux consommateurs français et ne porte aucune dette nette.
"Les maisons de luxe doivent renouveler leurs collections indépendamment du cycle économique, ce qui soutient la demande adressée aux façonniers de qualité. Parallèlement, la disparition de nombreux acteurs de petite taille réduit l’offre disponible, tandis que les grandes marques resserrent leur base de fournisseurs", estime le bureau d'études.
Cette évolution favorise Gentili Mosconi, ajoute TP ICAP MIdcap. Grâce à son intégration verticale, l’entreprise intervient à plusieurs étapes de la chaîne de valeur textile. Ce positionnement lui a permis de gagner des parts de marché et d’élargir son portefeuille de clients en Europe et en Asie.
Sa prospection en Chine porte déjà ses fruits, avec des clients comme Icicle et Guo Pei, figure de la haute couture chinoise. Le groupe travaille aussi avec de nouvelles maisons occidentales, parmi lesquelles Bottega Veneta, Ferragamo et Prada.
Son statut de partenaire stratégique pourrait enfin en faire une cible de rapprochement. Les maisons de luxe cherchent en effet à sécuriser les savoir-faire essentiels de leur chaîne d’approvisionnement.
FOPE: une exposition directe à la joaillerie haut de gamme
Toujours dans l'univers du luxe, TP ICAP Midcap affiche aussi sa préférence pour FOPE, un spécialiste italien de la joaillerie haut de gamme en or. Il offre une exposition directe à ce segment résilient, sans la diversification d’un conglomérat.
TP ICAP Midcap apprécie son profil international, son exposition à l’or et sa valorisation décotée. Les dernières publications de LVMH et de Kering ont confirmé la résistance de la joaillerie au sein du secteur du luxe. Le bureau d’études anticipe ainsi un chiffre d’affaires trimestriel solide, soutenu par les hausses de prix et l’accélération des ventes aux États-Unis et en Asie.
Esprinet: encore du potentiel après le rebond
Toujours à la Bourse de Milan, TP ICAP Midcap cite le groupe Esprinet spécialisé dans la distribution de produits et de solutions informatiques, principalement auprès des entreprises et des revendeurs professionnels.
Esprinet joue le rôle d’intermédiaire entre les fabricants technologiques et les revendeurs, intégrateurs et opérateurs télécoms. Sa filiale V-Valley concentre les activités à plus forte valeur ajoutée, comme le cloud, la cybersécurité, les centres de données et les infrastructures liées à l’intelligence artificielle.
Malgré une progression de près de 80% depuis mars 2026, Esprinet conserverait, selon le bureau d'études un potentiel de hausse supérieur à 30%.
"Le redressement engagé en 2026 a durablement relevé la base bénéficiaire du groupe. Parallèlement, l’essor du cloud, de la cybersécurité et des besoins de calcul liés à l’intelligence artificielle soutient sa filiale V-Valley. Le développement des services et d’Innovexya devrait ouvrir une nouvelle phase de croissance à partir de 2027", détaille TP ICAP Midcap.
Racing Force: le potentiel de la défense
TP ICAP Midcap cite aussi Racing Force, un groupe italien spécialisé dans les équipements de sécurité destinés au sport automobile, coté à la Bourse de Milan et sur Euronext Growth Paris.
Son activité historique affiche une croissance de 17% sur un an, tandis que ses projets dans la défense doivent prochainement entrer en phase de commercialisation.
"Le groupe se trouve, selon nous, à un tournant de son histoire. Son cœur d’activité reste dynamique et ses projets dans la défense devraient commencer à générer du chiffre d’affaires dans les prochains mois. Présentés lors de l’introduction en Bourse de 2021, ils pourraient lui permettre de changer de dimension. Ce potentiel n’est encore reflété ni dans nos estimations ni dans celles du consensus", estime le bureau d’études.
Des valeurs françaises capables de tirer leur épingle du jeu
TP ICAP Midcap n’écarte pas pour autant toute la cote parisienne. Certaines entreprises lui paraissent peu dépendantes de l’économie française, voire susceptibles de profiter de l’environnement actuel.
ABC Arbitrage: quand la volatilité devient une opportunité
ABC Arbitrage est l’un des rares véhicules cotés capables de profiter directement du regain de volatilité. Depuis plus de trente ans, le groupe transforme les périodes de crise et de stress sur les marchés en opportunités de performance.
TP ICAP Midcap remarque que l’exposition à la France du seul spécialiste des stratégies d'arbitrage coté à Paris, reste très limitée. Bien que son siège et une partie de son organisation soient situés dans l’Hexagone, le groupe intervient sur les principaux marchés financiers mondiaux, précise le bureau d'études.
Il souligne la décorrélation des revenus d'ABC Arbitrage à la croissance, la consommation et à l’investissement en France. Enfin, ABC Arbitrage n’est pas endetté et renforce ses fonds propres afin d’accroître ses capacités d’intervention.
"L’accumulation des risques politiques, budgétaires, économiques et sociaux pourrait donc rendre l’environnement de 2027 particulièrement favorable à son activité. Une contagion du risque français aux pays voisins renforcerait encore la volatilité en Europe, région qui représentait 40% de ses expositions au 30 juin 2026", fait valoir TP ICAP Midcap.
Interparfums: 94% du chiffre d’affaires réalisé à l’international
Interparfums fait partie des valeurs les moins dépendantes du marché français au sein de la sélection de TP ICAP Midcap. Sur les neuf premiers mois de 2026, la France n’a représenté que 6% de son chiffre d’affaires, contre 94% pour l’international.
Le dossier repose sur trois principaux atouts, estime TP ICAP Midcap. Interparfums a une exposition limitée à la France, qui ne représente que 6% du chiffre d’affaires, une activité en amélioration, avec un objectif annuel relevé à environ 870 millions d’euros, et un bilan solide. Très peu endetté et doté de près de 710 millions d’euros de capitaux propres, Interparfums n’a pas de besoin significatif de refinancement.
Cette diversification protège le groupe du ralentissement de la consommation française et de la défiance liée à l’instabilité politique et budgétaire. Interparfums apparaît ainsi peu sensible à un élargissement des spreads souverains ou à une dégradation des conditions de crédit en France, avance le bureau d'études.
Vallourec: une activité largement décorrélée de la France
Vallourec est lui aussi largement immunisé contre le risque français, estime TP ICAP Midcap. Le groupe paraît en outre bien placé pour profiter du rebond des investissements énergétiques mondiaux.
Depuis la restructuration de ses activités européennes, il ne dessert plus la demande industrielle du continent. Hormis une forge spécialisée à Aulnoye-Aymeries, Vallourec n’y exploite plus de capacités de production actives. Ses clients du secteur pétrolier et gazier en mer du Nord sont approvisionnés depuis le Brésil ou la Chine.
Le groupe réalise par ailleurs la totalité de son chiffre d’affaires en dollars. Il dispose désormais d’une trésorerie nette positive, tandis que son obligation à échéance 2032, bien qu’échangée en euros, est à taux fixe.
Vallourec devrait aussi profiter du redémarrage des investissements énergétiques, soutenus par les enjeux de souveraineté. Aux États-Unis, les commandes progressent alors que les capacités locales tournent déjà à plein régime, favorisant le redressement des prix et des marges. À l’international, le groupe observe également une accélération des prises de commandes et un allongement de son carnet.
Vente-Unique.com: un "phare dans la tempête" Vente-Unique.com pourrait sembler particulièrement vulnérable à la crise du pouvoir d’achat à l'image de son homologue coté Maisons du Monde. Pourtant, le spécialiste de la vente de meubles en ligne continue de surperformer malgré la faiblesse de la confiance des ménages et les difficultés du secteur.
"Après une croissance annuelle moyenne de 12% sur dix ans, le groupe devrait enregistrer une progression proche de 20% en 2026. Les tensions sociales, qui pénalisent la fréquentation des magasins physiques, pourraient en outre profiter aux acteurs du commerce en ligne", détaille le bureau d'études.
Vente-Unique.com est désormais une plateforme européenne présente dans plus de vingt pays. Son offre s’appuie sur plusieurs gammes de produits, la marque premium Habitat, relancée par Vente-unique en 2024 après la liquidation judiciaire de l'enseigne fin 2023. Le groupe dispose également d’une place de marché, qui lui permet d’élargir son offre grâce aux produits de vendeurs tiers, sans supporter directement leur stockage, et un outil logistique qui constitue une importante barrière à l’entrée.
Cette transformation reste pourtant peu valorisée, relève le bureau d'études. Avec un ratio cours sur bénéfices inférieur à 15 fois pour 2026, le titre se négocie à des niveaux proches de ceux observés avant la crise sanitaire. Les inquiétudes autour d’Habitat s’atténuent également, le groupe démontrant sa capacité à exploiter la notoriété de la marque tout en maîtrisant les coûts.
